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Vers un nouveau modèle de la télévision

En 2020, la télévision a connu un record historique avec près de 44 millions de téléspectateurs quotidiens en moyenne et une durée d’écoute qui a atteint les 3h58 par jour. Mais les audiences de Médiamétrie, révèlent depuis, une baisse annuelle de la durée d’écoute, symbole du désintérêt croissant pour la télévision.

Pour de nombreux médias, la télévision linéaire doit désormais se renouveler. Comment reconnecter la télévision aux français ? Comment intéresser davantage les jeunes ? Et comment permettre à la télévision de demeurer un modèle économique rentable ?

Une consommation de contenus multi-canal

L’arrivée des plateformes de streaming, a eu pour impact une baisse considérable des téléspectateurs davantage séduits par les contenus qui les intéressent dans le temps qu’ils choisissent.

La télévision se décline aujourd’hui sur deux modèles : la télé dite « linéaire » et non linéaire.

D’un côté, la télévision traditionnelle est visionnée par près de 43 millions de français quotidiennement, qui elle-même se décline en deux modèles : la télévision segmentée et non segmentée, soit la personnalisation des publicités à travers les foyers de diffusion.

De l’autre sont considérés, la télévision non linéaire qui se décline quant à elle, à travers les TV connectées (soit des smart TV) et les plateformes de replay. 63% des Français regardent la télévision via leur télé connectée et 77% utilisent le replay.

Si le désintérêt pour la « télévision classique » suscite autant d’intérêt dans les médias, c’est parce qu’aujourd’hui les groupes télévisuels tâtonnent pour trouver le bon équilibre économique auprès des téléspectateurs dont le temps de visionnage diminue d’année en année.

Une cible clé : les jeunes

Sans surprise, les premières cibles de ces grands groupes sont bien évidemment les jeunes dont les nouveaux usages induisent une consommation d’écran et de contenu qui se déroule désormais sur tous les écrans et en dehors de la télévision linéaire. Pour rappel, selon Médiamétrie, la moyenne d’âge était de 63 ans pour le journal télévisé de France 2 et de 57 ans pour celui de TF1 lors de la saison 2022-2023.

Si « l’infobésité » devient un réel frein de consommation, elle constitue en grande partie la raison du désintérêt des jeunes pour l’actualité. Cependant, ce sont 66% des moins de 35 ans qui s’intéressent à l’actualité selon le Centre d’Information et de Documentation Jeunesse. La quasi-totalité d’entre eux dispose d’un smartphone et s’en serve pour se tenir informé. Et c’est par ce biais que de nombreux acteurs de l’information viennent désormais s’adresser à eux : Hugo Décrypte, Brut, Konbini… Autant de médias qui travaillent à la diffusion d’une actualité concise, claire et fiable. Les grands groupes télévisuels se sont donc bien évidemment, adaptés à ces nouveaux usages.

Pour faire face au vieillissement de leur audience, France Télévisions ou TF1, travaillent davantage leur plateforme de replay et s’appliquent à travailler la transmission des informations sur les différents réseaux sociaux auxquels les jeunes sont abonnés. France Télévisions a d’ailleurs décidé de mettre en place un « rendez-vous d’actualité quotidien » pour les jeunes entre 12 et 18 ans disponibles sur Snapchat, YouTube ou encore Tiktok. Un microformat de 5 minutes pour intéresser davantage les jeunes à l’actualité. Du côté de TF1, les équipes misent sur le numérique et les réseaux sociaux pour séduire les 15-35 ans au travers de vidéos et reportages proches du format Brut.

Un modèle économique à renouveler ?

Le modèle économique de la télévision linéaire repose aujourd’hui sur deux sources de financement : d’un côté la TVA, qui fait suite à la suppression de la redevance sur l’audiovisuel supprimée fin 2022 ; de l’autre les revenus publicitaires.

De par sa capacité à diffuser auprès d’un large public, la télévision linéaire constitue le premier moyen de communication des marques auprès des consommateurs.

Grâce à la télé segmentée, les publicités diffusées dans certains foyers sont d’ailleurs adaptées aux consommateurs : une aubaine pour les annonceurs.

À contrario, les plateformes de diffusion qui incrustent les publicités dans les vidéos représentent une part moindre. Et pour cause, la gratuité du modèle de ces plateformes implique inévitablement la présence d’une voire plusieurs publicités principalement en début, mais également parfois au milieu des contenus vidéos.

Pour faire face à la montée en puissance des plateformes, France Télévisions, TF1 et M6 avaient créé en 2020 Salto, une plateforme de streaming qui, faute d’audience, de rentabilité économique et d’entente entre les actionnaires, a pris fin début 2023. Une initiative qui a été saluée, mais révélatrice d’un trop fort déséquilibre avec les géants des plateformes de streaming.

En juillet 2022, sur fond de rivalité économique entre les groupes audiovisuels et les plateformes de streaming, le PDG de Netflix, Reed Hasting annonçait la mort de la télévision linéaire dans les cinq ou dix prochaines années

Une déclaration qui fait aujourd’hui écho aux multiples décisions des groupes audiovisuels de se renouveler tant dans leur modèle économique qu’auprès des consommateurs.