Le chiffre hebdo, Réseaux Sociaux

Un Etat Big Brother ? 1 000 points de citoyenneté en Chine

Source : trustmyscience

Chiffre hebdo #37

Dès 2020, l’empire du Milieu prévoit de soumettre tous les chinois de plus de 18 ans au dispositif de crédit social

Qu’est-ce que c’est, le crédit social ?

Après une photographie de Shanghai, à 195 milliards de pixels, qui a fait naître des craintes sur la surveillance accrue des populations, le Chiffre Hedbo s’intéresse à un sujet connexe, celui de la surveillance généralisée en Chine. Le gouvernement chinois s’apprête à mettre en place, d’ici 2020, un système inédit de notation des citoyens : le crédit social. Il s’agit d’un dispositif permettant de récompenser les citoyens les plus vertueux et de jeter l’opprobre sur les mauvais comportements.

Lancé en 2014, le projet évoque en tout point la série à succès d’anticipation “Black Mirror” qui met en lumière les travers des technologies de surveillance, notamment via les réseaux sociaux et le rapport de force entre les libertés individuelles et les autorités étatiques. En Chine, les citoyens se verront affecter une note initiale de 1 000 points qui pourra augmenter ou diminuer en fonction de leurs comportements.

Ce projet, qui étonne autant qu’il interroge, est à l’initiative de l’actuel président Xi Jinping mais s’inspire directement de la doctrine maoïste du “Jadis indigne de confiance, toujours restreint”. Ce système est présenté comme un moyen imparable pour résoudre les divers problèmes sociétaux. Dans la lignée de cette politique prônant le contrôle à outrance, le pouvoir chinois réfléchit donc à un dispositif de notation.

Big data et IA : le contrôle par la technologie

Tous les moyens sont bons pour que le gouvernement chinois s’immisce dans le quotidien de ses citoyens. En Chine, la technologie est aussi perçue comme un moyen de contrôler la population. Le crédit social prend précisément racine dans les outils et services technologiques et les réseaux sociaux pour suivre à la trace chaque comportement et l’évaluer. Ce contrôle de tous les instants se base sur l’intelligence artificielle et la Big Data. Ainsi, la Chine investit massivement dans ces solutions technologiques pour épier ses 802 millions d’internautes.

Concrètement, le contrôle se fait par le biais de la récupération de données, elles-mêmes collectées par de nombreux services et de grandes plateformes numériques. Aussi, le régime communiste exploite des millions d’images provenant des caméras de reconnaissance faciale. Il peut aussi compter sur la complicité de grandes entreprises comme Baidu, Alibaba ou encore Tencent qui lui donnent accès à ses précieuses bases de données.

Les conséquences sont aussi peu éthiques que la méthode utilisée. A titre d’exemple, dans un communiqué du gouvernement chinois, les autorités ont refusé 11 millions de vols et 4 millions de trajets de train aux “citoyens malhonnêtes” depuis le lancement de ce système de surveillance. Sans connaitre précisément les faits reprochés à ces citoyens, ne pas avoir respecté certaines règles de sécurité dans un avion ou dans un train, ou encore ne pas s’est être acquitté d’une amende, peut conduire à ce type de refus.

C’est la société Watrix qui a conçu ce système d’identification (reconnaissance faciale et de démarche) qui permet avant tout, selon son PDG, de surveiller les incivilités.

 Big Brother is watching you !

Source : laterredufutur

Les dangers de cette politique singulière sont bien réels. Au-delà d’un climat suspicieux pesant et délétère pour quelque 1,3 milliards de Chinois, un accès restreint à certains services menace les libertés. Ainsi, se pose la question du caractère arbitraire de la grille d’évaluation des comportements et des idées, et c’est précisément le fond du problème. Avec le crédit social, toute opinion politique dissidente pourrait être repérée et sanctionnée.

L’exemple sans doute le plus explicite est celui du journaliste Liu Hu qui a perdu la totalité de son crédit social. Il s’est vu retirer l’accès aux réseaux sociaux et interdire tous moyens de transport. Sans ces deux outils, ce journaliste a perdu son emploi. Ecrivait-il des articles anti-gouvernementaux ? En tout cas, selon lui, les “yeux [des chinois] sont fermés et leurs oreilles sont bouchées. Ils ne connaissent que très peu le véritable monde et vivent dans une illusion”.

Les autorités chinoises défendent farouchement un système non liberticide, juste et bénéfique qui, selon elles, inspirerait déjà d’autres pays. En attendant d’éventuelles autres initiatives, c’est aujourd’hui le gouvernement Chinois qui rend réelle la fiction 1984 de George Orwell !