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Pouce levé pour… – #7 La lutte anti fake news sur les Réseaux Sociaux lors des Élections européennes

A l’instar du bouton « J’aime » et après avoir accueilli comme il se doit le bouton « J’aime pas » de Facebook, nous avons décidé de lever le pouce – ou de le baisser – une fois par semaine en analysant une actualité du monde de l’influence. Bienvenue dans l’arène des Césars digitaux !

Les Fake-news, agents perturbateurs la politique 

Nous en entendons parler depuis quelques années maintenant, et elle revient souvent sur le devant de la scène lors d’une élection, mais qu’est-ce qu’une fake news ? 

Selon la loi du 22 décembre 2018, relative à la lutte contre la manipulation de l’information, les fakes news sont des “allégations ou imputations inexactes ou trompeuses d’un fait, de nature à altérer la sincérité du scrutin (…) diffusées de manière délibérée, artificielle ou automatisée et massive” dans les médias. En résumé, l’intention de l’auteur est de tromper son auditoire.

Ces fake news (ou infox en français pour la fusion des mots “info” et “intox”), sont apparues et ont pris une place importante dans divers domaines mais particulièrement dans la vie politique. En effet, elles ont d’abord émergé en Angleterre avec le vote pro-Brexit puis lors des élections présidentielles américaines, en la personne même de Donald Trump, alors candidat à la Maison Blanche. Mais cette propagation de fausses informations ne date pas vraiment d’aujourd’hui. En 1835, se dessinaient déjà les prémices ! Le “Great Moon Hoax“, une série de six articles parus dans le New York Sun, relataient la découverte d’une vie extraterrestre sur la Lune. Des informations bien évidemment fausses, mais publiées dans un journal et qui avait tenu en haleine ses lecteurs !

Aujourd’hui, le facteur principal du déclenchement de ses infox se trouve dans le discrédit dont souffrent les médias traditionnels depuis plusieurs années maintenant. En effet, nous pouvons constater qu’entre 2015 et 2018, l’indice de confiance des Français envers les médias a chuté de 15 points. Plus largement aujourd’hui, cette méfiance s’inscrit également dans une dynamique renforcée d’un discours anti-élite, anti-média et anti-institution. Selon le baromètre de la confiance des Français dans les médias, publié par le journal La Croix en janvier 2019, 69% des sondés estiment que les journalistes ne résistent pas aux pressions des partis politiques et du pouvoir. La confiance n’est donc plus vraiment au rendez-vous et la méfiance s’installe.

Cette prise de distance par rapport aux institutions dits de “confiance”, accolée à l’essor des réseaux sociaux, offre la liberté de créer des contenus anonymes. Cela permet donc à chacun d’écrire et de diffuser une information, non sourcée, ni vérifiée. Cela explique aussi en partie le regain d’intérêt pour certaines théories du complot, mais c’est encore un autre sujet que nous traiterons prochainement.

A l’ère de cette liberté offerte par les réseaux sociaux dans les campagnes électorales, les fake news occupent donc de plus en plus de place. En 2016 par exemple, elles ont joué un rôle majeur dans le vote final du référendum sur le Brexit. Cela s’est vérifié lorsque le tabloïd The Sun affirmait que la reine Elizabeth II y était favorable, et que les pro-Brexit eux étaient accusés de diffuser de fausses informations en faveur de la sortie de l’Union européenne. Dans l’autre camp, une autre fausse information a elle aussi été relayée : le fait que l’UE rapporterait 350 millions de livres par semaine au système de santé britannique, le NHS.

A un niveau encore plus impactant, lors des élections présidentielles américaines de 2016, Donald Trump a lui-même propagé des informations erronées, parmi lesquelles, l’état de santé de son adversaire Hillary Clinton, ou encore le supposé faux acte de naissance de Barack Obama. 

En France, comment sont encadrées les fake news ?

Les élections présidentielles françaises ont aussi eu leur lot de fake news. Il se trouve qu’en 2017, la candidate du parti d’extrême droite, Marine Le Pen lors de l’entre-deux-tours, affirmait que son adversaire d’Emmanuel Macron possédait un compte caché aux Bahamas.

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Lors de ses vœux à la presse en 2018, Emmanuel Macron, qui à plusieurs reprises avait mis en cause la responsabilité des réseaux sociaux, annonce un projet de loi visant à lutter contre ces infox qui empoisonnent la vie politique française. Elle sera finalement adoptée par le Parlement en novembre 2018. Ce texte de loi comporte 3 grands axes.

Premièrement, c’est un dispositif qui ne s’applique que sur les trois mois entourant le scrutin et concerne uniquement les tentatives de “manipulation de l’opinion” sur les réseaux sociaux. Deuxièmement, elle oblige les réseaux sociaux à la transparence en mentionnant les posts sponsorisés, leur montant et leurs cibles socio-démographiques, par exemple. Enfin le CSA a le droit de suspendre ou de retirer l’autorisation d’émettre en France de chaînes d’informations étrangères coupables de manipulation.

Pour beaucoup cette loi n’a été qu’un écran de fumée, mettant en danger la liberté d’expression, la définition de la fake-news étant “vague, souvent ni claire, ni protectrice” (Constance le Grip, députée LR).

Mai 2019 : Premières applications pour les élections européennes 

Depuis le 1er mai 2019, cette loi permet ainsi à un candidat, parti ou association citoyenne, de faire retirer les fausses nouvelles sur les réseaux sociaux en période d’élection. Ces réseaux sociaux (de plus de 5 millions de visiteurs uniques par mois), sont donc tenus de faire preuve de transparence durant la période électorale. Ils doivent indiquer la personne ou organisation qui a sponsorisé (donc payé) un contenu pour promouvoir certains messages sur les fils d’actualité des internautes. 

Cette volonté de réguler les plateformes en ligne s’explique par la forte liberté d’expression accordées aux utilisateurs. Cette dernière donne peu ou prou à chacun le pouvoir de relayer une information. Cela inclut aussi la viralité, croissante et parfois incontrôlable, qui caractérise les informations sur internet. En quelques minutes, une fausse information peut être relayée via des milliers d’internautes et dupliquée sur des milliers de comptes, d’où la volonté des entreprises leaders de mettre en place des outils adaptés. 

Facebook veut faire peau neuve

Premier acteur majeur dans la lutte contre les infox, Mark Zuckerberg en a fait un combat personnel “to fix facebook“. Première annonce, celle de l’introduction d’un signal “Click-Ga“, qui aurait pour rôle de juger la qualité d’un contenu en fonction du pourcentage de clics reçus. Cela permettrait à un utilisateur de retrouver les articles qui lui correspondent le plus. Aussi mis en place, un “context button” qui permet de se faire une idée personnelle de la crédibilité de l’article. Concrètement, en cliquant sur cette fonctionnalité, on remonte à la source, ainsi qu’à d’autres informations utiles à la compréhension de ce qu’on lit. 

Par la même occasion, Facebook à mis en place une cellule de crise à Dublin, la célèbre War Room qui lutte contre la désinformation. Son rôle est de supprimer les faux comptes, de faire disparaitre les contenus haineux et fausses informations sur les scrutins en cours. 

Youtube se fait transparent  

A l’instar de Facebook, Google s’est récemment doté d’un panel d’outils pour lutter contre la désinformation. Parmi eux, un label de transparencepour aider les futurs électeurs à mieux comprendre l’origine des vidéos qu’ils regardent. La plateforme de vidéos fait le choix de mener le même combat que Facebook, c’est-à-dire offrir plus de transparence sur les sources d’un contenu. 

Twitter développe aussi une nouvelle fonctionnalité 

Une nouvelle fonctionnalité dédiée exclusivement aux périodes électorales est apparue à quelques semaines du premier tour du scrutin européen. Dans le menu “signaler un tweet” vous pouvez apercevoir le bouton suivant : “il induit en erreur au sujet d’élections“. En cliquant dessus, vous pouvez non seulement signaler le tweet, mais aussi donner des informations très précises sur l’objet de votre signalement si vous le souhaitez.

Opportunités et limites du dispositif

Ces outils mis en place en vue des élections européennes sont une bonne nouvelle pour la régulation nécessaire des plateformes. En effet, elles génèrent beaucoup de trafic et représentent le moyen de communication privilégié pour les partis politiques notamment. Mais ces outils posent aussi quelques questions. Est-ce seulement un effet politique ou ces mesures prises pour lutter contre les fake-news vont-elles perdurer ? De même, ces dispositifs posent la question du rôle des réseaux sociaux dans les élections, sont-ils neutres ? Ou au contraire, sont-ils dans l’analyse, et le filtrage des informations ?

Il faut aussi assurer un certain équilibre entre la liberté d’expression et la promotion d’un contenu de qualité. C’est une question d’autant plus complexe que les plateformes elles-mêmes créent aussi leurs propres contenus. Enfin, la dernière interrogation sur laquelle nous pouvons nous pencher porte sur le rôle de l’État. Aura-t-il le contrôle de la qualité des informations, et dans la décision de ce qui serait ou non une “vraie” information ?

Source : La Croix