Influenceurs, Portraits HomePage, Rencontres

L’influenceur corporate de Novembre : @SorayaKhireddine (Influenth)

Soraya

 

Un bureau à ciel ouvert, un parcours professionnel exemplaire et de la sérotonine en injection permanente ; c’est peu dire que la vie de Soraya Khireddine est bien remplie ! De Sciences Po à la co-fondation de « Minute Buzz », du Ministère des Affaires Etrangère français à NYC à son bébé « Influenth », en route pour une plongée dans la vie d’une femme qui entreprend, toujours en mouvement…

Du journalisme à « Influenth » !

Sourire glossé, clavier d’un MacBook tapoté d’un doigté impeccablement manucuré, sainement accompagnée par un jus pressé face à la danse virevoltante des serveurs qui accueillent les premières notes d’automne : voilà qui pose le cadre d’une rencontre fleuve et passionnante. Echanger avec Soraya, c’est un peu comme discuter avec toute une génération, celle des fameux « Y », qui tire sa force de son perpétuel mouvement, de sa soif de renouveau et de ses envies de changer le monde. Campée dans une e-poque numérique, à cheval sur de multiples activités, elle se rêvait pourtant une carrière de JRI (Journaliste Reporter d’Images) lorsqu’elle étudiait à Sciences Po Lyon ; mais la vie est faite d’opportunités et la première s’est présentée pour elle, en 2009, sous la dénomination de « Julien Boyer » et d’une réflexion simple : « et si on vulgarisait, résumait l’actualité pour mieux s’y intéresser ? ». Il ne fallut sans doute qu’une minute pour que l’opportunité prenne la forme d’un buzz. Alors qu’elle termine à peine sa quatrième année et qu’elle squatte ardemment le « réseau social du temps réel », elle décide de s’associer à Julien, puis Maxime Barbier pour créer le désormais célèbre « Minute Buzz » qui, depuis lors, s’est dépouillé de son site, bien content de s’encanailler avec Facebook et comparses.

Lâchez les tweets, larguez les posts Instagram, sa carrière décolle ! Repérée par “Melty”, elle passera plus d’un an à guider une rédaction en plein envol, le temps de comprendre ce que son pygmalion lui répète à chaque rencontre : « tu ne seras pas journaliste, tu seras entrepreneuse (ma fille) ! ». Soit, c’est déjà l’heure de se plonger dans un phénomène qui ne fait encore qu’éclore : l’influence. Quelques coups d’ailes comme « BizDev » sous la direction bienveillante de Lorenzo Benedetti, le créateur du fameux Studio Bagel et visionnaire qui ouvre la voix au marketing d’influence avec ses célèbres Youtubeurs. Elle prend définitivement son envol en créant son blog, puis son entreprise. Consultante hyperactive, rédac’ chef du site « Influenth », convive aux plus beaux événements promotionnels, voyageuse compulsive, elle choisit alors « d’imaginer son quotidien au jour le jour » et de faire comprendre à son entourage qu’elle exerce un « vrai métier », que ce soit sur les rives de l’Arno, assise face au Taj Mahal ou sur une terrasse en Afrique du Sud. Figure matérialisée d’un monde qui l’est de moins en moins, Soraya vogue entre les tendances, plonge dans les pages de « L’homme nu » et peint son quotidien de défis.

Soraya

Comme toute bonne mère, elle cajole tout particulièrement son site « Influenth », créé en mars 2016, devenu média à part entière ; le pari de réunir influenceurs, agences et annonceurs autour des sujets propres à un nouveau plan de la communication est réussi, comme en témoigne, entre autres, son rapide référencement sur Google Actu. Et comme un enfant, le petit va bientôt grandir : une ouverture sur du B2B avec interviews et prises de parole de professionnels chevronnés, d’influenceurs courtisés ou émergents mais également la volonté de faire perdurer les événements dans le temps grâce à la création de galeries, à mi-chemin entre l’agenda et le trombinoscope. Un business model qui se développe aussi rapidement que le nombre de freelances qui travaillent avec elle, ce qui témoigne, une fois de plus, de la modernité de son fonctionnement ; certes, cela coûte plus cher mais trêve de management, la liberté lui est trop précieuse et puis, comment découvrir le monde derrière un bureau, inconfortablement installée dans une posture de « boss » ?

De l’influence dans « Influenth »

On l’écouterait volontiers raconter son parcours plus en détails mais ce serait oublier l’une de ses principales qualités : l’expertise. Au détour des questions, les réponses tombent, claires, nettes et précises ;

 

L’avenir du métier d’influenceur ? « Merci déjà de mentionner le terme « métier » ! Certains vont devenir des célébrités ; d’autres, la moyenne traîne, des producteurs de contenus fonctionnant tels des prestataires et les derniers, en longue traîne, monétiseront leur influence, si petite soit-elle… La difficulté pour tous ces protagonistes de l’influence va être de maintenir une indépendance de pensée pour continuer à offrir une opinion qui n’est pas biaisée et garder la confiance de leur communauté ».

Réseaux sociaux, uniquement diffuseurs de contenus ? « Ils ont été pendant longtemps un relais, un canal, mais sont devenus eux-mêmes des plateformes de contenus. Facebook est un média plus qu’un réseau social ! Les réseaux sociaux sont des outils indispensables pour les diffuseurs de contenus. Le cas Instagram est à cet égard plus que significatif ».

Au-delà de l’incontournable expertise qu’elle diffuse, il est enrichissant de se pencher sur sa façon de communiquer : jamais pressée, elle prend le temps d’analyser, marque quelques secondes de réflexion, répond, tourne le sujet sous un autre angle, argumente, réagit, écoute, reprend. Un mouvement incessant, ininterrompu, perpétuel…

Rentrons dans les détails spécifiques, les rouages de l’influence, les différences entre les influenceurs « consumer » (B2B) et les « corporate » (B2C). Les uns sont soumis à des leviers financier, expérientiel et affectif ; les autres recherchent l’humain et l’expertise avant tout. La réflexion progresse et on en vient à se dire que les influenceurs corporate sont peut-être les « nouveaux journalistes », ceux qu’elle fréquentait à Sciences Po et qui moquaient sa hype numérique, réfractaires aux nouveaux modes d’information. Les influenceurs spécialistes, professionnels sont experts objectifs qui jouissent d’une liberté de ton et de pognon et dont les communautés, souvent moins étendues, sont pourtant bien plus engagées. Oui, ils sont certainement plus « piqués » que leurs confrères et ressemblent finalement un peu… à ces premiers influenceurs B2C, à une époque où on ne monétisait pas encore sa notoriété !

Peut-être que si elle les connait si bien, c’est qu’elle-même en fait partie « par la force des choses ». Elle est d’ailleurs sollicitée autant pour « Influenth » que pour « elle » : Soraya l’influenceuse, Soraya la twittos, Soraya la consultante… Un peu d’anonymat ne fait jamais de mal et c’est ainsi qu’elle a choisi de décorréler sa personne de son média, pour se libérer d’une image de « blogueuse toujours en vacances » bien loin de la réalité de son quotidien. C’est tant mieux car c’est à l’ombre de ses réflexions plutôt qu’au soleil de ses stories Instagram qu’elle brille le plus…

“Whitagram” s’aseptise, s’uniformise et si vous ne comprenez pas le terme, vous aurez sans doute l’occasion de découvrir sa définition dans le livre qu’elle a écrit et qui sortira début 2018. Peut-être pourrez-vous également y trouver quelque anecdote sur Jérôme Jarre qu’elle apprécie tout particulièrement et qu’elle souhaiterait un jour rejoindre dans son projet africain. Chaque référence à ses propres références et c’est ce type d’influence qui a sa préférence.

« Au four et au moulin » (trad. Sorayesque) : à la salle et en cours de portugais.

« Twelve goals », c’est le nom de sa société et c’est aussi son art de vivre : se fixer un objectif tous les mois, des « rêves à réaliser », c’est ce qu’elle s’était promis à ses 25 ans. A l’aube de la trentaine, c’est dans un sourire fier qu’elle avoue « en avoir réalisés pas mal ! ». C’est dans cette optique qu’elle prend des cours de portugais, qu’elle saute en parapente ou qu’elle joue avec l’encre. Si vous ne la voyez pas en ligne, pas de panique, elle se détend. Rendez-vous à la salle, en heure creuse sur 10 km de tapis roulant, plein gaz vers l’avenir avec un morceau de Para One, un live d’Acid Arab ou un lourd set du Burning Man… toujours en mouvement !