Le chiffre hebdo, Réseaux Sociaux

Facebook: 65% des Français sont ciblés selon leur orientation sexuelle, politique ou religieuse

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Chiffre hebdo #23

« Dis-moi ce que tu aimes et je te dirais quoi acheter ! » telle est la devise des publicitaires qui utilisent Facebook pour faire la promotion de leur marque !

Avec plus de 2 milliards d’utilisateurs dans le monde, Facebook est une cible privilégiée des annonceurs. Ainsi, via l’outil publicitaire de la plateforme, ces derniers vont pouvoir cibler précisément leurs audiences selon différents critères habituels: la localisation, le genre, l’âge, le pays d’origine, les centres d’intérêt, etc… mais également selon des critères bien plus sensibles comme l’orientation sexuelle, la couleur politique ou encore l’appartenance religieuse. Face à cette réquisition automatique de datas, l’un des seuls moyens de défense d’un utilisateur lambda réside dans l’outil de gestion des préférences publicitaires accessible ici.

 

pref pub© Facebook 

Une récente étude menée par des chercheurs espagnols de l’Université de Carlos III de Madrid a révélé que 65% des Français sont ciblés selon leurs orientation sexuelle, politique ou religieuse sur Facebook! 

Quels sont les risques liés à l’exploitation de ces données ?

Il est de notoriété publique que nos données sont exploitées sous différents angles; l’affaire devient plus complexe lorsqu’il s’agit de données sensibles, relevant de la vie privée des utilisateurs comme en témoigne l’étude qui révèle que 7,89% des utilisateurs français de Facebook ont été ciblés pour leur intérêt pour l’islam, 7,37% pour des informations liées l’homosexualité ou encore 8,68% pour le véganisme.

etude© Le figaro 

Pour le chercheur en cybersécurité et consultant “en vie privée” Lukasz Olejnik, l’utilisation de ces données peut présenter de nombreux risques pour les internautes. En effet, dans certains pays, l’homosexualité est illégale et les préférences publicitaires pourraient ainsi représenter un dangereux moyen d’identification pour des tierces parties (gouvernements, associations, enseignes, groupuscules…) qui souhaiteraient, par ce biais, obtenir via Facebook l’identité de ces profils.

Un débat qui a déjà éclaboussé Facebook !

Ce n’est pas la première fois que Facebook est condamné suite à l’utilisation des données personnelles sensibles. En septembre dernier, l’autorité espagnole chargée de la protection des données personnelles avait fait encourir une amende de 1,2 million d’euros à Facebook; la CNIL, en mai dernier, a elle aussi infligé une amende de 150.000 euros au réseau social.
Nénamoins, Facebook a contesté les conclusions de cette étude et juge utiliser les données des utilisateurs à des seules fins de publicités ciblées sur leur centre d’intérêt sans exploiter la partie “sensible” des datas à disposition.
C’est sur le nouveau cadre réglementaire général sur la protection des données personnelles (RGPD) que reposent tous les espoirs des chercheurs espagnols. Ils souhaiteraient que ce dernier, applicable à compter de mai prochain, permette de changer les choses et d’obliger Facebook à respecter la loi.

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© MC2i

Un débat juridique qui cache un dilemme pour le géant Facebook…

D’autre part, certains annonceurs souhaitent que leurs publicités ne soient pas accessibles à tout le monde, en fonction de leurs orientations. Les journalistes de ProPublica ont d’ailleurs mis en lumière ces pratiques; ils ont dévoilé, à travers une enquête-test, que Facebook les autorisaient à acheter des annonces qui excluaient certains profils en particulier. Étrange pratique puisque Facebook avait affirmé quelques temps avant avoir développé de nouveaux outils pour lutter contre les discriminations online.

Il semblerait que, dans une logique ROIste et sous la pression des annonceurs, Facebook autorise des ciblages malencontreux et discriminatoires pour augmenter la précision des campagnes et ne pas se fermer les portes d’une juteuse partie de ses revenus. Autre sujet, les données préférentielles (likes, groupes, fanpages…) sont bien souvent exploitées par Facebook sans qu’un accord préalable de la part de ses utilisateurs ait été donné.

Vivement la RGPD!

© Le figaro